2008-11-06 - COOPERATION SENEGAL LUXEMBOURG- Repenser les relations Nord/Sud


Les pays en développement doivent prendre leur destin en mains pour se tirer d'affaire. Néanmoins, l'Union européenne ne doit, en aucune façon, diminuer ses investissements dans ces pays, au risque d'accentuer la pauvreté. C'est l'avis du ministre luxembourgeois de la Coopération et de l'Action humanitaire, Jean-Louis Schiltz, qui animait hier une conférence.

 

Le ministre luxembourgeois de la Coopération et de l'Action humanitaire, Jean-Louis Schiltz, donnait une conférence hier sur les relations Nord-Sud. Certes ses propos sont très différents de ceux prononcés sur ces lieux par le président français Nicolas Sarkozy, mais ont quelque ressemblance en ce qui concerne la nécessité pour l'Afrique de compter d'abord sur elle-même pour prétendre à un quelconque développement. Jean Louis Schiltz n'avait nullement l'intention de trouver des réponses à la question : «Repenser les relations Nord-Sud ?», comme il a tenu d'emblée à le faire savoir, mais de «partager des réflexions», sur quatre tableaux qu'il a dressés pour l'occasion.

En effet, le ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire du Luxembourg a invité une assistance composée de ministres de la République du Sénégal, d'éminents universitaires africains et des étudiants, à faire une «promenade» avec lui à travers les fonds d'aide dédiés aux pays en développement, le commerce international, la gouvernance et les changements climatiques.

A l'entame de son propos, M. Schiltz a fait un constat alarmant : «Le monde va mal». Et ce, depuis le début de l'année, avec des cycles marqués par une crise alimentaire sans précédent, engendrée par les hausses du prix du baril du pétrole mais aussi une baisse du coût du dollar. Même si le prix du pétrole est revenu à la normal et le dollar en train de reprendre son souffle, d'autres paramètres ont surgi et viennent assombrir encore le tableau déjà obscur de certains pays en développement. «Nous ne mesurons pas les conséquences de cette crise», estime Jean-Louis Schiltz. Mais ce qui inquiète le Luxembourgeois, c'est plus le manque de solidarité internationale qui prend des proportions insoupçonnées.

 

Difficultes d'atteindre les Objectifs du millenaire

Revenant sur les fonds d'aide au développement, le ministre s'est demandé si réellement l'argent faisait l'affaire. Pour lui, il est déjà clair que beaucoup de pays en développement ne seront pas au rendez-vous de 2015. Puisque des millions d'habitants de ces pays continuent de vivre avec moins d'un dollar par jour, sans compter la mortalité infantile qui est encore très élevée, ou le paludisme qui a abattu plus de 6 millions de personnes l'année dernière. Mais, le plus dramatique pour M. Schiltz, c'est que le monde vient d'enregistrer 100 millions de nouveaux pauvres et dont la majorité vit en Afrique.

Aujourd'hui, s'écrie Jean Louis Schiltz, «nous ne pouvons plus nous contenter de faire des constats, nous devons améliorer l'efficacité dans ce que nous faisons». C'est-à-dire «redoubler d'efforts» en matière d'aide publique. Même si se réjouit-il, l'Union européenne verse plus de 55% de l'aide au développement, elle doit respecter ses engagements envers les pays du Sud ; et le G8 doit en faire autant.

 

Pour une coopération trilaterale

Convaincu qu'il y a de fortes éventualités que l'Union européenne revoie ses investissements à la baisse en Afrique, le ministre luxembourgeois dit souhaiter et un partenariat fort entre l'Afrique, la Chine et l'Union européenne, pour éviter un relâchement dans la solidarité.

Jean-Louis Schiltz a aussi évoqué la problématique du commerce international. «Nous avons besoin de plus de commerce si nous voulons une coopération internationale», dira-t-il. Rappelant que la mondialisation existe bel et bien, pour ceux qui en doutent encore, il assure que «l'Afrique a sa place autour de la table des négociations» à l'Omc. M. Schiltz a ainsi regretté la tournure qu'ont prise les accords de partenariat économiques (Ape). Selon lui, que ce soit Ape ou d'autres appellations, l'essentiel est que cela puisse prendre en compte le développement des pays du Sud. Le Quotidien 06/11/08