2010-08-20 - CONTRIBUTION- Les enjeux de la RSE pour le Sénégal

Le numéro 2 de « la Question verte, le semestriel d'information sur l'Environnement et le Développement durable en Afrique de l'Ouest », newsletter électronique édité par l'Agence de communication «Komunik carré» vient de paraître avec au sommaire des articles et avis d'experts sur le Développement Durable. Téléchargeable à l'adresse http://www.komunikcarre.com/downloads/

 

Nous reproduisons ci-après l'interview de M.Philippe BARRY, Coordonnateur de RSE Sénégal, qui évoque dans cet article sur les enjeux de la vulgarisation du concept de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) pour le Sénégal

 

QV: La deuxième édition du Forum sur la RSE a connu une forte affluence en 2010. Les raisons de ce succès sont-elles le résultat d'une prise de consciences des décideurs de leur part de responsabilité pour le développement social et environnemental du Sénégal?

La deuxième édition du Forum de Dakar sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises a connu effectivement une plus forte mobilisation cette année. C'est un réel motif de satisfaction pour RSE Sénégal  car cela montre bien que les actions de vulgarisation sur la RSE engagées durant la période de Janvier 2009 à Février 2010 ont porté leurs fruits.

 La première édition qui s'est déroulée sur une journée a enregistré 120 participants avec surtout des témoignages d'entreprises sur leurs actions sociales et de mécénat. Pour l'édition 2010, nous avons souhaité modifier le format en organisant la rencontre sur deux jours, avec des débats sur plusieurs thématiques liées à la Responsabilité sociétale dans le cadre du Développement Durable. Outre le fait d'avoir réussi à faire parrainer cette édition par le Chef de l'Etat, à la faire présider par un Ministre d'Etat, en l'occurence Maître Ousmane NGOM, Ministre chargé des Mines et de l'Industrie, notre plus grande satisfaction a été la qualité de la représentation au niveau des panels constitués de personnalités reconnues, issues du milieu économique, de la société civile, de l'administration, des milieux universitaires du Sénégal.

Je pense que c'est d'ailleurs ce haut niveau de représentation qui a suscité la mobilisation sur les deux jours de plus de 300 participants. Est à dire que la prise de conscience des décideurs sur la Responsabilité sociétale est accrue ? Le concept de la RSE est en mouvement avec ses premiers pas et le pense qu'il y a encore beaucoup d'efforts à fournir tant au niveau de l'entreprise que de ses parties prenantes pour arriver à une réelle prise de conscience des entreprises. Ce qui est sûr c'est que le processus est engagé pour une meilleure gouvernance et pour davantage de considérations sociales et environnementales dans la gestion de nos entreprises privés et organisations publiques. Ce processus est notamment favorisé par des initiatives comme celles de RSE Sénégal, de la semaine interuniversitaire sur le Développement Durable ou comme la publication de votre revue "la Question Verte"    

 

QV: Quels sont à votre avis les actes concrets à poser aujourd'hui pour permettre au concept RSE de devenir une réalité en entreprise africaine?

Le premier acte est d'amener nos Etats africains en tant que principaux régulateurs des questions économiques à s'approprier le concept de la Responsabilité sociétale et à en assurer la promotion auprès de TOUS les acteurs intervenant dans le développement économique et social. Il est essentiel que l'entreprise africaine puisse évoluer dans un environnement où les principes d'éthique et de bonne gouvernance soient la règle et soient correctement appliquées. "Pas de RSE sans un environnement éthique". Dès lors, la responsabilité de tous les citoyens est engagée et je me plais très souvent à citer Feu le Président Kéba MBAYE : « il faut adopter l'éthique comme règle de comportement comme s'il s'agissait d'un principe de conduite obligatoire pour TOUS sans exception ». A méditer...

Autre acte qui me parait important, c'est  d'avoir toujours à l'esprit les principes fondamentaux du concept de la Responsabilité sociétale lors des séances de dialogue entre parties prenantes. Nous avons en tant qu'africains, dans notre culture, dans notre vie quotidienne, des facilités et des complicités de dialogue que nous n'arrivons pas à traduire dans nos relations professionnelles. Le Dialogue (avec les parties prenantes) constitue le fondement du concept de la Responsabilité sociétale d'Entreprise (RSE). Il me parait dès lors important que les acteurs du développement économique puissent être renforcés dans leurs capacités de dialogue par une meilleure connaissance des principes de la RSE, à savoir Rendre compte, Transparence, Respect des parties prenantes, respect des normes internationales de Comportement, respect des droits humains, respect de la légalité. A l'Etat et aux entreprises dans le cadre de leur politique de responsabilité sociétale de mettre en oeuvre des programmes de sensibilisation et de formation sur des techniques de dialogue intégrant le concept de RSE. Ces formations seraient destinés aux administrateurs et dirigeants de sociétés, aux syndicats et personnels des entreprises, aux agents de l'Etat, aux associations de consommateurs, aux media, etc.. .

Enfin, dernier acte permettant à la RSE de devenir une réalité en Afrique, c'est la formation initiale à délivrer au niveau des universités, des écoles de management, des écoles d'ingénieurs sous forme de masters RSE et Développement Durable conçus en relation étroite avec le milieu de l'entreprise, ) partir des besoins exprimés par ces dernières. L'insertion massive dans les entreprises locales et multinationales de jeunes sénégalais maîtrisant parfaitement le concept de la RSE influencera nécessairement les prises de décision de leur hiérarchie sur des orientations Développement Durable. Nous devrions également ré-intégrer au niveau de l'éducation de base des curricula sur la citoyenneté et la responsabilité sociétale. 

 

QV: D'aucuns estiment que parce qu'importé de l'Occident, la RSE "est le nouvel outil marketing des entreprises qui cherchent à se donner bonne conscience". Que répondez-vous?

C'était peut être le cas jusqu'à présent car la RSE en tant que concept est tout à fait récente. En revanche, ce concept a maintenant une dimension "politique" qui fait que l'entreprise et en particulier l'entreprise multinationale doit aller au-delà du simple objectif marketing (ou de la satisfaction des consommateurs) pour prendre réellement en compte les aspirations des travailleurs et de plus en plus celles de la communauté en termes environnemental et sociétal.

Cette dimension "politique" de la RSE favorisée par les nombreuses initiatives internationales (Compact Global, OCDE, IFC, etc...), les grandes rencontres internationales, de la Francophonie et dernièrement du Sommet France Afrique, la pression des gouvernements des pays du Nord sur les multinationales pour une pratique effective de la RSE (Canada, pays européens, etc...) fait que la RSE ne peut plus se limiter à du simple marketing. Je suis d'ailleurs convaincu que dans les années à venir les entreprises qui se limiteront à faire du mécénat et/ou de simples actions sociales sans impact durable connaîtront le revers de la médaille et seront mal perçues par l'opinion. Le meilleur outil marketing pour les entreprises restera leur implication dans des projets de développement socio économique et l'assistance technique qu'elles apporteront à ce type de projets.  

 

QV: Pensez-vous que l'Afrique de l'Ouest soit prête à relever le défi du développement durable pour l'horizon 2015?

Le Développement Durable est un processus qui est enclenché en Afrique de l'Ouest depuis le Sommet de Rio en 1992, certes avec beaucoup de lenteurs dans son évolution mais les Etats y sont engagés de par les accords internationaux signés dans le domaine du Travail, de l'Environnement, de la Sécurité, des Droits de l'Homme, de la Santé, etc... . et de par les stratégies de développement de la croissance qui sont mises en oeuvre dans nos Etats.

D'ici 2015, il est vrai que pour le Sénégal plusieurs indicateurs liés aux objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ne seront pas atteints, en particulier ceux qui sont liés à l'Education et à la Santé, mais globalement et comparativement aux autres pays de la zone UEMOA, le Sénégal est sur la bonne voie.

Le défi aujourd'hui est à mon sens d'amener le Secteur privé et ses entreprises à s'impliquer davantage dans les OMD et dans le Développement Durable. Plusieurs secteurs "profitables" ont les moyens d'investir le champ sociétal et de contribuer significativement à l'atteinte des OMD. Au vu des richesses que recèle le Sénégal, la qualité de la formation de jeunes sénégalais, la créativité et le sens de l'initiative des jeunes et des femmes, le potentiel culturel, touristique, et surtout son potentiel agricole et minier, il n'y a pas de raisons techniques de ne pas croire à un Développement Accéléré et Durable du Sénégal . Il faut seulement que les décideurs politiques s'accordent dans le cadre de leur responsabilité sociétale à insuffler un environnement plus propice aux affaires "saines".