2008-04-09 - COOPERATION INDE/AFRIQUE- Delhi annonce un régime de préférence tarifaire hors taxe pour les pays a

 

Une déclaration et un cadre de coopération sont attendus aujourd'hui, à la clôture du premier sommet Inde-Afrique. Mais les hôtes du forum sont allés plus vite que d'éventuelles requêtes africaines en proposant une corbeille de mesures destinées à renforcer le dynamisme économique de l'Afrique en y installant la paix, la stabilité et l'autosuffisance alimentaire. Réagissant à cette décision, le président de la République, Me Abdoulaye Wade, invité en tant que co-initiateur du Nepad, l'a qualifiée de « révolution » hier à Delhi.

 

Le matin tant attendu. Dans la salle de conférences, affluent des délégations reflétant la diversité du forum Inde-Afrique, le premier du genre. Ce mardi 8 avril 2008, sur écran géant, une puissante voix commente des images sur cette terre africaine qui, selon elle, a vu naître « l'aube de l'humanité ». D'un côté, un Africain et de l'autre, un Indien. Ils battent, ensemble, les tambours de la concorde. La même musique. Un symbole. Le message est dans le rythme et dans la fusion des cultures. Le message est aussi dans cette corbeille de bonnes nouvelles que le Premier ministre indien, le Dr Manmohan Singh, a voulu déposer à la table qui accueille les présidents Abdoulaye Wade du Sénégal, John Kufuor du Ghana, Thabo Mbeki d'Afrique du Sud, Yoweri Museveni d'Ouganda, Jakaya Mriso Kikwete, de Tanzanie Joseph Kabila de la République démocratique du Congo et Alpha Oumar Konaré, président sortant de l'Union africaine.

 

Le Nigeria et la Zambie étaient représentés par leurs vice-présidents, Goodluck Jonathan et Ruypiah Banda. Le président Blaise Compaoré du Burkina Faso s'est fait représenter par le Premier ministre Tertius Zongo, tandis que l'ancien chef du gouvernement algérien participe au sommet au nom du président Abdel Aziz Bouteflika. Enfin, le Dr Ali Abdul Salam Altreki, Secrétaire des Affaires de l'Union africaine de la Libye, Moses Wetangula, ministre des Affaires étrangères du Kenya et Mme Fayza Abou El Naga, ministre de la Coopération internationale de la République d'Egypte sont les autres témoins et destinataires de ces bonnes nouvelles.

 

Première bonne nouvelle : l'Inde annonce un régime de préférence tarifaire hors taxe pour les pays les moins développés. Ce pays du sous-continent asiatique fournira, de manière unilatérale, l'accès préférentiel au marché pour les exportations d'au moins 50 pays les moins développés. Les 34 se trouvent en Afrique. Les produits ciblés ont une importance dans les transactions, d'où un impact certain sur les économies des futurs pays exportateurs. « Le programme couvrira 94% des lignes tarifaires de l'Inde. Spécifiquement, l'Inde fournira l'accès préférentiel au marché sur des lignes tarifaires qui comprennent 92,5% des exportations mondiales de l'ensemble des pays les moins développés », explique le Premier ministre, le Dr Manmohan Singh.

 

La ligne du pragmatisme et de l'efficacité

 

Dans l'immédiat, des produits sont identifiés comme dignes de bénéficier de cette mesure d'urgence : le coton, le cacao, le minerai d'aluminium, le minerai de cuivre, les noix de cajou, la canne à sucre, le prêt-à-porter, les filets de poisson et les diamants non industriels.

 

L'Inde veut « inclure, de manière active, le commerce et l'industrie dans le processus de la croissance et du développement de l'Afrique » et compte, pour cela, s'appuyer sur son vécu dans l'exécution des projets, de même que sur les lignes de crédits concessionnels accordés par Exim Bank. Cette institution bancaire vient d'ouvrir son deuxième bureau africain à Dakar, après Johannesburg.

 

Deuxième bonne nouvelle : le passage, du simple au double, du volume des crédits. « Jusqu'à maintenant et pour les périodes 2003-2004 et 2008-2009, souligne le Premier ministre, nous avons accordé des lignes de crédit dont la valeur s'élève à 2,15 milliards de dollars (soit 893,4 milliards de francs Cfa). Durant les cinq prochaines années, nous allons doubler ce montant et offrir des lignes de crédit supplémentaires dont la valeur s'élèvera à 5,4 milliards de dollars (2.245 milliards de francs Cfa) ». Ces lignes de crédit seront disponibles dans le cadre des relations bilatérales. Elles sont aussi élargies aux Communautés économiques régionales de l'Afrique.

 

La nouvelle architecture des relations

 

La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (Sadc), la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (Ceeac), le Marché commun pour l'Afrique orientale et australe (Comesa), l'Autorité Intergouvernementale pour le développement (Igad) et la Communauté de l'Afrique de l'Est (Eac) ont pris part à ce sommet.

 

L'Inde adopte la ligne du pragmatisme et de l'efficacité. Elle croit aux infrastructures dans les domaines des chemins de fer ; elle a foi aussi aux Technologies de l'information et de la communication ou encore en la production d'énergie électrique. Ces priorités sont, selon le Premier ministre, des cadres d'expression des ressources humaines qu'il faudra préparer à une marche résolue vers le progrès technologique, économique et social. Dans le cadre de l'aide au développement, l'Inde compte initier et réaliser des projets d'une valeur de plus de 500 millions de dollars (208 milliards de francs Cfa). De même, des institutions régionales et panafricaines d'Enseignement supérieur seront mises sur pied avec une nette préférence pour les domaines de la science, des technologies de l'information, la recherche, l'agriculture et les énergies renouvelables.

 

Toujours dans le renforcement des capacités, l'Inde veut doubler le nombre de bourses jusqu'ici accordé aux étudiants africains. De 4.000 selon nos sources, ces bourses devraient passer à 8.000. Dans le cadre de l'assistance technique également, le nombre de places mises à la disposition du continent passera de 1.100 à 1.600 par an.

 

Enfin, un Corps de volontaires Inde-Afrique sera créé. Sa mission sera d'identifier des projets pilotes en matière de santé publique, d'enseignement non formel et d'autonomie économique de la femme. Cette dernière proposition se justifie par une ressource essentielle, selon le Premier ministre indien : « l'Inde et l'Afrique sont bénies en disposant d'une population jeune. C'est seulement en investissant dans l'énergie créatrice de nos jeunes que nous pourrons pleinement exploiter le potentiel de notre partenariat ».

 

C'est un nouvel horizon qui s'annonce dans le cadre de la coopération entre l'Inde et l'Afrique. Des expressions, sous forme de professions de foi, reviennent sans cesse dans le discours du Dr Manmohan Singh : égalité, respect mutuel, vision partagée sur un monde plus juste grâce à des régimes politiques et une économie mondiale plus équitables, faire face à des défis collectifs comme la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, les pandémies, le terrorisme international, les changements climatiques, etc. Elles sont les charpentes de ce que l'Inde appelle « la nouvelle architecture » de ses relations avec l'Afrique. Les deux partenaires concentrent deux milliards d'habitants de cette planète.

Le Soleil 09/04/08 (à lire sur www.rsesenegal.com)